L’opération Jubilee est un raid et non pas un débarquement. En effet, cette opération de grande envergure sur les côtes françaises a pour objectif de tester le système de défense allemand et non pas de créer une tête de pont sur un rivage occupé par l’ennemi. Winston Churchill déclare devant la Chambre des Communes le 8 septembre 1942 : « Le raid sur Dieppe doit être considéré comme une reconnaissance en force. […] Il fallait recueillir toutes les informations nécessaires avant de pouvoir effectuer un raid sur une bien plus grande échelle encore ». Un des enjeux de cette opération est de détruire les défenses côtières allemandes et le plus grand nombre possible d’infrastructures stratégiques telles que des aérodromes, des stations radars, des installations portuaires et ferroviaires. L’opération est un échec : au total, dans les rangs alliés, il y a 1197 morts ou disparus, près de 1500 blessés et quelque 2000 prisonniers. Quant aux Allemands, entre 591 et 618 sont morts, blessés ou portés disparus durant le raid.

En 1942, la guerre médiatique fait rage. Les informations transmises à la population par les différents gouvernements des pays en guerre sont utilisées comme outil de propagande, principalement dans les domaines du recrutement, du soutien envers l’armée, de la prévoyance en période de crise. Une bataille victorieuse peut considérablement améliorer la situation et garder le soutien de la population. C’est la raison pour laquelle les deux camps vont s’approprier le raid sur Dieppe. Ainsi, les listes des morts, de blessés, de prisonniers ou encore de médaillés fleurissent dans tous les journaux, à l’échelle nationale ou locale.

Les Allemands, dans le cas de Dieppe, font face à une population hostile. Les images frappant davantage l’opinion publique que les mots, les photographes et cameramen allemands vont mettre en évidence cet échec ; la mise en scène allant parfois jusqu’au repositionnement des corps alliés, alors qu’aucune photographie ne représente de soldats allemands morts. Les titres utilisés par les magazines allemands ou la presse française sous le couvert de Vichy sont explicites : « Les vaincus de Dieppe », « La fin d’une invasion », « Le désastre britannique de Dieppe ». 

Les Alliés essayent quant à eux de minimiser la défaite de l’opération Jubilee. Ils insistent  dès lors notamment sur l’attaque du continent, la valeur des exploits des différents commandos, les victoires de la Royal Air Force et l’ampleur de la manœuvre française. De plus, ils dressent le portrait de soldats qui se sont illustrés durant cette journée tragique.
La guerre médiatique